Venue de Michel Caillat, professeur d’économie et social à Orléans, sociologue de renommée
internationale, fondateur du CACS (Centre d’Analyse et Critique du Sport), auteur de plusieurs livres
sur le sport, ses dérives, les JO, etc.
Renseignements : Comité Anti-Jeux Olympiques d’Annecy (http://sites.google.com/site/comiteantiolympiquedannecy/Home/lesactions-du-cao)

La vidéo de l'interview de Michel Caillat est en ligne sur le site de La Voix :
http://www.lavoixdesallobroges.org/sport/147-comite-anti-jo-conference-bonlieu
Le sport, royaume de la pensée unique
Personne ne peut le nier : le sport sature notre espace et notre temps. Or, malgré ses centaines de millions de licenciés sur la planète (13 millions en France ), ses milliards de téléspectateurs, son implacable marchandisation, sa puissance idéologique, son pouvoir sur les corps et son omniprésence dans la vie quotidienne, il reste un sujet méconnu et tabou.
Sportifs et non-sportifs « glissent» sur l'institution soit par amour aveugle (« ne touchez pas à ma religion »), soit par dangereux désintérêt de connaissance
(« le sport je m’en moque, ça ne m’intéresse pas »), soit par peur de se désolidariser d'activités massives dites festives.
Le sport fait l’objet de croyances, d’adoration aveugle ou de rejet irréfléchi, mais rarement de connaissances. Pire, il est toujours vu comme un jeu neutre et innocent alors qu’il est une institution, un «fait social total» c’est-à-dire un phénomène aux multiples implications politiques, idéologiques, économiques, mythologiques, culturelles.
Pour l’analyser, il faut d’abord définir le mot. Si toute activité physique est sport, il est alors impossible de débattre. Une fois la définition préalable posée, quatre grands thèmes peuvent être évoqués :
1. Le sport est un mobilisateur universel, certains diront un opium du peuple
2. Le sport a une logique - celle du rendement maximal et de la victoire à tout prix - aux effets destructeurs : manipulations biologiques, utilisation de drogues et dopages, violence et casse sportive.
3. Le sport est déterminé par la dynamique du système dans lequel on vit : le capitalisme.
4. Le sport n'est pas un simple divertissement mais une vision du monde, un système de dispositions intériorisées de manière non nécessairement consciente. Les valeurs du sport «s'ancrent dans les masses», deviennent une seconde nature.
A travers l’Olympisme, Pierre de Coubertin a lui-même une ambition qui va bien au-delà des Jeux et du sport entendus comme somme de performances. Il présente un projet d’éducation complète, et accorde au sport une mission culturelle
mondialiste, la réalisation d’une humanité harmonieuse. L’Olympisme est une « philosophie de la vie » (mots inscrits dans la Charte), et son idéologie se veut génératrice d’une profonde révolution morale.
Il faut montrer comment l’Olympisme alimente la mythologie (mythe de la pérennité,
mythe de la filiation avec l’Olympisme antique, mythe du sport perverti, etc.) et pourquoi il est à la fois un idéalisme et une idéologie.
Une chose est sûre : le sport ne pourrait pas fonctionner sans un « esprit du sport » c’est-à-dire sans une adhésion subjective des individus, y compris celle des non-sportifs. L’enjeu n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer le sport mais de construire des concepts qui permettent d’en faire une analyse. Car analyser le sport et l’Olympisme c'est aussi analyser la société.